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Tandis que les élections canalisent toute l'attention, les violations des droits de l'Homme se perpétuent

La coordinatrice générale du Comité des Familles de Disparus et Détenus du Honduras (COFADEH), Bertha Oliva, m'a confié hier lors d'une entrevue son extrême préoccupation quant à la dynamique de violations des droits de l'Homme dans laquelle se déroule actuellement le processus électoral.

Le COFADEH a été fondé en 1982, par 12 familles d'individus victimes de disparitions forcées, afin de dénoncer et combattre la militarisation de la société ainsi que le régime de terreur qui sévissaient en pleine dictature militaire. Aujourd'hui, l'organisation promeut et défend les droits de l'Homme au Honduras. Elle est nationalement et internationalement reconnue pour le travail à haut risque qu'elle effectue, en évoluant dans un contexte de répression sévère. L'organisation enquête sur des cas de violations des droits de l'homme, et accompagne les victimes de violations des droits de l'Homme et leurs familles.

Au cours de notre conversation, Bertha Oliva m'a fait part de ses craintes quant à la mise en œuvre de mécanismes frauduleux visant à influer sur les résultats des élections. Son analyse rejoint celle de nombreuses organisations honduriennes et internationales, qui ont commencé à dénoncer depuis plusieurs mois la multiplication d'actes violents directement en lien avec le processus électoral. Le Centre d'Études pour la Démocratie (CESPAD) a notamment dénoncé les assassinats de plusieurs candidats appartenant à différents partis politiques aux élections (municipales), les militants et candidats parti Liberté et Refondation (Libre) apparaissant en tant que cibles particulièrement vulnérables des violations des droits de l'Homme reportées (harcèlement, menaces, agressions).

Le CESPAD rappelle dans son dernier rapport d'observation du processus électoral que "dans la théorie et la pratique électorale démocratique, un contexte assurant le respect des libertés basiques (mobilisation, organisation, diffusion des idées) et affranchi de violence et de peur, est essentiel à l'exercice du suffrage. Il garantit l'expression de la volonté de la majorité dans les urnes". Or la militarisation progressive de l'espace social hondurien durant le mandat du président Porfirio Lobo s'inscrit en faux de ces conditions.

En outre, il convient de souligner que les acteurs du processus électoral représentent un segment de la population hondurienne parmi tant d'autres qui sont directement affectés par la violence politique. Depuis le coup d'État de juin 2009, la situation de défenseurs des droits de l'Homme s'est largement détériorée, alors que nombre d'entre eux ont été victimes d'assassinats, mais aussi d'agressions, de harcèlement et de menaces. Dernièrement, les atteintes à leur encontre se sont également traduites par une campagne de criminalisation et diffamation menée par le gouvernement et l'armée honduriens, largement répercutée par les médias nationaux.

Bertha Oliva, de même que Victor Fernandez, président du Mouvement Ample pour la Dignité et la Justice (MADJ) ont personnellement fait l'objet de propos diffamatoires, lors de la diffusion le 5 novembre dernier d'un programme de télévision intitulé "Frente a Frente". Les deux activistes, qui avaient été invités à dialoguer quelques jours auparavant avec des membres du Congrès américain à Washington, ont été accusés par le présentateur de  l'émission et ses invités d'avoir fait de fausses déclarations lors de cette réunion. La polémique concerne le cas de deux observateurs internationaux du Projet d'Accompagnement international au Honduras (PROAH), défenseurs des droits de l'Homme également, qui avaient été victimes de séquestration en juillet dernier par les employés d'une entreprise minière dans une communauté du nord du pays. La négation de ces faits pourtant dénoncés devant la justice hondurienne, de même que le discrédit jeté sur les propos Bertha Oliva, défenseure des droits de l'Homme parmi les plus éminents du pays, reflètent avec justesse la délégitimation du travail effectué par les nombreuses organisations de la société civile hondurienne en faveur d'une justice sociale.

En dépit de cet état de fait, ou peut-être conséquence de celui-ci, cette dernière constate avec appréhension que le thème des droits de l'Homme fait cruellement défaut dans les campagnes électorales des partis politiques traditionnels comme des nouveaux. A cet égard, l'organisation Amnesty International a adressé le 24 octobre 2013 une lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle. Elle espère attirer l'attention des présidentiables sur la crise des droits de l'Homme qui sévit actuellement,  et rappelle que "les prochaines élections offrent une nouvelle occasion aux futurs dirigeants honduriens de tourner la page de cette situation désastreuse". A ce jour, l'appel aux candidats semble avoir été peu entendu. 

Malgré tout, Bertha Oliva et ses collègues du COFADEH se dévouent inlassablement à leur travail dans l'ombre menaçante du gouvernement actuel, aux premières loges d'histoires cruelles qui laissent présager un scénario complexe pour les années à venir. Ils surveilleront avec la plus grande attention la situation des droits civils et politiques lors du déroulement des élections le dimanche 24 novembre, aux côtés des quelques 12,000 observateurs nationaux et 700 observateurs internationaux du processus électoral.

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