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Le COPINH

COPINH: ils ont tué Berta Cáceres mais sa lutte continue

Berta Cáceres, cofondatrice du Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH), a été assassinée le 2 mars 2016 à son domicile de La Esperanza. Ce meurtre s’ajoute à la longue liste de crimes commis contre le peuple hondurien, en particulier depuis le Coup d’État du 28 juin 2009, qui a marqué une recrudescence d'attaques ciblées contre ceux qui luttent pour la préservation de l’environnement, contre les organisations paysannes et les organisations autochtones.

La militante qui dérangeait les multinationales

Dès l'annonce en 2012 du projet de barrage hydroélectrique Agua Zarca sur le territoire des communautés indigènes lenca de Rio Blanco, le COPINH s'est fortement mobilisé pour en empêcher la réalisation, menée par l’entreprise hondurienne DESA (Développement Énergétiques SA) conjointement avec la compagnie chinoise Sinohydro.

Dès le premier moment, Berta Cáceres avait alerté sur le fait que ce projet provoquerait le déplacement forcé des communautés et les empêcherait de développer leurs activités agricoles, en plus de privatiser les eaux de la  rivière Gualcarqueet les terres alentours.

De ce fait, le COPINH, dénonçait l'absence de consultation quant à la réalisation de ce projet qui aurait dû recueillir le consentement préalable, libre et informé des populations concernées, comme le préconise la Convention 169 de l'OIT, ratifiée par le Honduras.

L'occupation de près de deux ans par les communautés lencas (groupe ethnique du Honduras et du Salvador) du lieu prévu pour la construction, s'est soldée, fin 2013 par le retrait de l’entreprise chinoise Sinohydro suivi peu après de celui de la Corporation Financière Internationale (IFC). Mais cette première victoire a tout de même couté plusieurs morts dans les rangs du COPINH, notamment celle de Tomás García, tué à bout portant lors d'une manifestation pacifique. De son côté, au mépris des recomandations de la Commission Interaméricaine des droits humains (CIDH) d'accorder à Berta des mesures de protection, l’État hondurien n'a pas relâché sacampagne systématiquede criminalisation et de harcèlement judiciaire contre lesmembres et les dirigeants du COPINH.

Le projet Agua Zarca compte actuellement avec des financements de la Banque hollandaise de développement (FMO), du Fond finlandais de financement pour le développement (FINNFUND) et de la Banque Centraméricaine d’Intégration économique (BCIE). L’entreprise allemande Voith Hydro a également investi dans le projet, avec la participation de l’entreprise Siemens. Aucun de ces investisseurs n'a manifesté l'intention de se retirer du projet, bien  qu'ils aient été interpellés à de nombreuses reprises au sujet des violations des droits humains perpétrées par l'Etat dans la zone du projet et dans tout le pays.

Gustavo Castro, militant écologiste mexicain, en danger

Lui même blessé lors de l'attaque, Gustavo Castro est le seul témoin de l’assassinat de Berta Cáceres. Après avoir rendu les déclarations nécessaires à l’enquête, Gustavo Castro s'apprêtait à rentrer au Mexique mais en a été empêché par les autorités honduriennes qui ont émis une interdiction de quitter le territoire pendant 30 jours. Les  informations  rendant compte des conditions qui lui sont faites depuis le début de l’enquête (interrogatoires constants sans pouvoir dormir et recevoir d'alimentation, confiscation de ses bagages),  ne peuvent que causer la plus grande inquiétude quant à sa sécurité. Les proches de Berta Cáceres eux mêmes ont fait part de leurs craintes pour la vie de Gustavo s'il reste au Honduras. Il est actuellement confinéà l’ambassade du Mexique. Plusieurs actions urgentes sollicitant aux autorités mexicaines et honduriennes d'organiser au plus vite son rapatriement circulent d'ores et déjà.

Nous appelons à:

- Condamner avec la plus extrême fermeté le lâche assassinat de Berta Cáceres et exiger que l’enquête soit menée par une commission internationale indépendante pour que les coupables et les commanditaires soient poursuivis et jugés.

- Exiger des gouvernements hondurien et mexicain des mesures effectives pour assurer la sécurité de Gustavo Castro tant qu'il se trouve au Honduras et diligentent sans délai son rapatriement au Mexique.

- Exiger l'arrêt du projet Agua Zarca et de tous les mégaprojets (énergétiques, miniers, agroindustriels, touristiques) non désirés par les populations concernées, et par conséquent le départ de l'entreprise DESA et le retrait de tout financement international, public ou privé, tendant à la favoriser.